(ATTENTION, BILLET CHIANT SUR LA POLITIQUE, QUE CEUX QUI NE SONT LA QUE POUR LES CHATS, MEMES, ET AUTRES LAMAS, MERCI D’ATTENDRE QUELQUES ARTICLES. POUR LES AUTRES, ENJOY.)
Il est bon de le rappeler en ces temps d’élections, le scrutin uninominal n’est pas une fatalité pour une démocratie.
On ne cesse de lire ou d’entendre des gens se plaindre de se sentir obligés de voter “utile”, alors qu’ils aimeraient voter pour un candidat moins bien positionné, mais qui correspondrait mieux à leurs convictions. Pour tout dire, je fais partie de ces râleurs (problème de riches ? c’est un autre débat).
Ce phénomène fut encore amplifié cette année par plusieurs tendances :
- Le nombre de sondages émis et relayés durant la campagne, qui ont parfois suivi le rythme ubuesque d’un par jour. On a eu l’impression de ne pas devoir voter pour un candidat, mais pour confirmer ou infirmer une tendance indiquée par les sondages.
- La colère populaire indéniablement dirigée contre Nicolas Sarkozy, qui a encouragé les calculs du type : “qui serait le/la mieux placé-e pour le battre”. Ces sondages ne laissant que peu de place à l’incertitude, on savait d’ores et déjà qu’un candidat comme Mélenchon n’avait que peu de chances de passer au second tour, ce qui a favorisé le vote Hollande par défaut. Cela a moins marché pour Marine Le Pen, car celle-ci proposait aux problèmes des Français des solutions plus séduisantes (et on sait depuis longtemps que la réalisabilité des projets ne figure pas parmi les priorités des électeurs : les électeurs, comme les consommateurs, agissent avec leurs tripes).
- Enfin, la crise, sans cesse ressassée par les médias, accentue encore la sensation de n’avoir pas le choix : entre un candidat d’un parti “de gouvernement”, et un “petit” candidat”, on n’a qu’un vote, il faut choisir le premier, plus sérieux, plus expérimenté, etc etc.
Mais ces sensations récurrentes de se voir demander de choisir entre Charybde et Scylla, c’est-à-dire entre voter pour son candidat de cœur, mais voir réélu celui qu’on ne veut plus voir, ou voter sans conviction pour un candidat qu’on estime moins bon, mais mieux positionné pour le contrer, ces sensations donc, sont principalement dues au mode de scrutin, le scrutin uninominal à deux tours (à un tour si l’un des candidats atteint la majorité absolue). Ce type de scrutin est typiquement le résultat de la De Gaullisation de l’élection présidentielle française : la tradition implique que les candidats se présentent comme des sauveurs de la France, dépositaires inébranlables de l’honneur et de l’indépendance de la France éternelle. Ainsi, on ne saurait déposer plus d’un nom dans l’urne.
Le principe semble noble, mais la pratique pêche. Pourquoi ? Je ne saurais l’expliquer mieux qu’Olivier Ferrand, président de la fondation de réflexion politique Terra Nova, l’a fait dans cet article de Slate qui date d’un an, et qui, prévoyant déjà la montée en puissance de Marine Le Pen, propose une nouvelle façon de désigner le chef de l’Etat.
Voici son argument tel quel, avec avec entre crochets ce que l’on peut réactualiser vus les résultats du premier tour :
“En 2012, étant donnée la mécanique du scrutin, Marine Le Pen a de fortes chances de figurer parmi les deux finalistes de l’élection et de se retrouver ainsi au centre du jeu démocratique [ça ne s’est finalement pas déroulé ainsi, mais on aurait tort de trouver cette hypothèse tordue, il aurait suffi qu’Hulot soit désigné chez les Verts (c’est pas passé loin), que Mélenchon perce plus tôt, et que Borloo se présente. Cette problématique se reposera sûrement en 2017, après l’éclatement de l’UMP]. C’est en réalité un non-sens. Dans un duel de second tour, elle [MLP] perd contre tous les autres candidats potentiels: c’est donc la plus mauvaise des candidatures en lice, la dernière hiérarchiquement, alors que le mode de scrutin va la placer n°2 si elle se qualifie au second tour.
Pire: le candidat qui recueille l’assentiment majoritaire des Français (en l’occurrence le candidat socialiste) [c’est toujours vrai], celui qui gagne contre tous les autres dans un duel de second tour (avec une large majorité, qui plus est) –le meilleur donc– celui-là est menacé d’une élimination au premier tour [ce n’est plus vrai]. Cela aboutirait en 2012 à la réélection de Nicolas Sarkozy, un président sortant à l’impopularité record.
Tel est le principal élément dysfonctionnel du scrutin présidentiel: il peut éliminer le «meilleur» au premier tour, qualifier au second un candidat secondaire voire le «pire» candidat de la vie politique nationale, faire gagner un candidat illégitime. “
Je passe sur le vote utile, déjà évoqué.
” Le scrutin présente par ailleurs un caractère fruste, car binaire: l’électeur vote pour un candidat, mais on ne sait rien de son avis sur les autres, de la hiérarchie dans laquelle il les place.
Le scrutin ignore toute évaluation qualitative: l’électeur fait un choix comparatif, mais le vote ne dit rien de son jugement intrinsèque sur le candidat retenu –adhésion massive ou résignation pour le «moins pire»? Le pourcentage de vote obtenu au second tour ne renseigne guère. Il est clair par exemple que les 53% de vote qui se sont portés sur Nicolas Sarkozy en 2007 soulignent une dynamique d’adhésion beaucoup plus forte que les 82% obtenus par Jacques Chirac en 2002.”
Olivier Ferrand propose ensuite une solution possible pour une élection plus juste : le jugement majoritaire. En quoi cela consiste ? Inventé par deux chercheurs au CNRS à l’Ecole polytechnique et notamment soutenu par trois Prix Nobel, le jugement majoritaire consiste à demander à chaque électeur d’évaluer les mérites de chacun des candidats sur une échelle qualitative. Cela va de “A rejeter” à “Très bien”, en passant par “passable”.
Avantages principaux:
- Le scrutin se déroule en un seul tour
- Le “meilleur” candidat gagne, quels que soient les autres candidats, rendant caduc le vote utile.
- Il écarte le risque de placer le “pire” candidat au centre de la campagne : Marine Le Pen, par exemple, obtiendrait la mention “à rejeter” par une large majorité de Français.
Très séduisant dans l’idée, le jugement majoritaire n’est pas le seul mode de scrutin à préférences.
Il existe par exemple le vote alternatif, qui consiste à donner un ordre de préférence entre les différents candidats. On peut citer également la méthode Condorcet, du nom du marquis de Condorcet, mathématicien et philosophe français du XVIIème siècle. Dans ce système, l’unique vainqueur est celui, s’il existe, qui, comparé tour à tour à tous les autres candidats, s’avérerait à chaque fois être le candidat préféré. On pourrait en citer d’autres, comme la méthode Borda, le vote par panachage, ou d’autres variantes de la méthode Condorcet, mais de toutes façons la liste des variantes des scrutins à préférences est infinie.
Ce qui semble le plus important à souligner, c’est que pour que le chef de l’Etat dispose d’une vraie légitimité, et pour que la liberté de voter ne s’accompagne pas d’un mal de crâne insoutenable, par pitié, politiques, pensez-y.
Allez, pour ceux qui ont eu le courage de rester jusque là, une petite récompense :


Je ne saurais trop recommander de lire la réponse d’Eric Leser, co-fondateur de Slate.fr à l’article de sa confrère Rachael Levy, journaliste à Slate.com.
L’article d’origine avait été écrit quelques jours après les événements de Toulouse, et avait pour titre “Juif ou français, il faut choisir”. Cet article, mettant en cause un antisémitisme inavoué mais fortement présent chez les Français, et qui s’était matérialisé à l’occasion de la tuerie de Toulouse, avait provoqué nombre de réactions outrées chez les lecteurs, commentateurs, et, à en croire la réponse d’Eric Leser, également au sein de la rédaction de Slate.fr. Je l’avoue, il m’a aussi fortement fait réagir.
Pour résumer son argumentation, Rachael Levy prend pour base la tragédie de Toulouse, et en fait le symptôme d’un antisémitisme rampant dans la société française, qui se serait révélé lors de certaines périodes-clés de l’histoire française, en prenant notamment pour exemples l’affaire Dreyfus et le gouvernement de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Sans trop étayer ces deux exemples, elle expose ensuite les trois éléments qui sont pour elle à l’origine de l’antisémitisme contemporain, qui a mené Mohammed Merah à cibler les enfants de l’école juive : une vieille tendance héritée du catholicisme, la vague récente d’immigration musulmane, et la laïcité à la française, qu’elle oppose au communautarisme à l’américaine.
Si on ne peut réfuter les vieilles querelles entre les trois religions monothéistes et la violence engendrée par les plus extrémistes de leurs éléments, ses observations sur la laïcité républicaine et sur l’histoire de France m’ont semblé (et je ne suis apparemment pas le seul) profondément erronées, et issues d’une sérieuse méconnaissance du système français. Oserais-je dire d’un sentiment visible de la supériorité du modèle américain sur le modèle français ?
Quoiqu’il en soit, Eric Leser lui a répondu, et lui a bien répondu, sans sectarisme, ni arrogance ni posture de donneur de leçon.
Ce qu’il lui répond, en bref, c’est que la laïcité n’est en rien responsable de l’antisémitisme que Rachael Levy dénonce ; au contraire même, et je cite : “La laïcité n’est pas un dogme, mais au contraire une réponse à la volonté d’intégrer dans une même société des personnes d’origines ethniques et religieuses diverses autour de mêmes valeurs qui justement ne sont pas religieuses. Quant à l’antisémitisme, il est avant tout le fruit de la compétition sanglante et millénaire entre des religions qui par définition détiennent toutes LA vérité. La laïcité a pour immense vertu de faire sortir cet affrontement de l’espace public.”
Eric Leser se permet également, et je pense légitimement de remettre l’histoire française qu’évoquait Rachael Levy dans son contexte : oui, il y avait des anti-dreyfusards, mais les dreyfusards ont gagné ; oui, certains Français ont collaboré, mais d’autres ont aussi donné leurs vies pour sauver des Juifs.
Mais au-delà de ses contre-arguments, il a la justesse de rappeler tout de même que l’antisémitisme continue d’exister dans la société française.

Cependant, malgré toutes les vertus de l’article d’Eric Leser, il laisse sans réponse un des éléments qui m’a le plus fait réagir dans l’article de Rachael Levy, et qui fait même figure d’introduction. Il s’agit de la discussion qu’elle relate entre elle et deux amis, l’un juif non-pratiquant, et l’autre non-juif, la discussion tenant place à Paris. Alors qu’elle et son ami juif non-pratiquant discutaient rites juifs (plus précisément “femmes mariées qui couvrent leurs cheveux”), le troisième les interpelle en disant : “Tu vois? C’est ça la différence entre vous et nous. Pendant que vous passez votre temps à discuter de ça, en France nous débattons de culture et de politique.”
Rachael Levy, qui est sortie de cette expérience-venue-d’ailleurs “interloquée”, en fait un énième indice selon lequel les Français nourrissent en secret un sentiment de “scepticisme et répugnance” envers leurs compatriotes juifs.
Mais n’a-t-elle jamais considéré que la critique des religions, sous toutes leurs formes, pourraient avoir leur place dans l’espace public ? Le respect que l’on doit aux personnes religieuses ne s’applique en rien aux religions. Cette critique des religions, que je comprends être considérée avec étonnement des Etats-Unis, dont les 4% d’athés et agnostiques ne pèsent pas bien lourd dans la société civile, doit avoir sa place en France. N’en déplaise à Rachael Levy, le scepticisme envers des rites dits ancestraux mais désignés plus justement comme obscurantistes, comme les interdits alimentaires juifs et musulmans, le respect aveugle des considérations sexistes présents dans tous les livres saints, ou encore l’apparat désuet du pape, et encore bien d’autres, existe en France, et n’a pas à se prêter à la censure.
Depuis quelques mois, Brain Magazine s’en prend un peu…beaucoup…ok vraiment beaucoup au nouveau-venu Skrillex, accusé cette fois-ci de plus que faire preuve d’un goût plus que déplorable en matière d’ophtalmologie et autres sciences capillaires.
Jugez plutôt

Non, on l’accusait là de corrompre notre si belle jeunesse par sa musique pachydermique qui usurpait le nom de dubstep.
Sans attendre une minute, je décide de bouleverser ma liste d’écoute à venir, qui prévoyait de n’écouter ce margoulin que plusieurs mois plus tard, et je me fade sa rachitique discographie, comprenant les titres incriminés “Scary Monsters and Nice Sprites” et “Bangarang”.
Eh bien, première observation que je me suis faite : “hey mais c’est pas ça si mal !” Je m’attendais plus ou moins à un concert de chats en chaleur ponctués de basses dégoulinantes.

Au final, les basses sont effectivement omniprésente, mais je ne trouve pas la médiocrité annoncée.
Soit, sa musique est immature, redondante (en même temps trouvez-moi une musique grand public qui ne le soit pas…), et assez brutale. Mais pas médiocre.
Derrière la brutalité et la précipitation, l’on sent tout de même percer une certaine créativité, une maîtrise qui est loin de se sentir chez toutes les “stars” modernes qu’on nous sert ces derniers temps.
Ou pour le dire autrement, il ne s’est pas contenté de se faire opérer de la lèvre, d’avoir l’air blasé, de marmonner quelques vagues mélodies et de choisir l’option hyperbankable du rétromarketing.
Suivez mon regard

Et last but not least, entre mademoiselle la célébrité sortante (on m’a dit que c’était cool de ne pas prononcer le nom de son ennemi juré) et Skrill (tu permets que je t’appelle Skrill hein ?), il y a une différence de taille : LDR n’est ni musicienne, ni productrice. Cela signifie que la musique qui accompagne ses chansons, l’effet rétro qu’on ajoute à sa voix, au parties instrus, le filtre vintage auquel on passe ses clips, etc, tout cela ne vient pas d’elle. Au contraire de Skrilloux, qui maîtrise l’ensemble de la chaîne musicale qui va des samples qu’il enregistre, à sa composition musicale de l’ensemble du morceau (basse, percus, voix, effets etc), et au mastering, voire ensuite à la réinterprétation de son morceau en public via le DJing. On pourra dire ce que l’on voudra, ça vaut quelque chose !
Avant de finir, un mot sur l’appartenance ou non de Skrillex au mouvement dubstep “original”, ce fantasme de dubstep pur et dur du début, avant qu’il ne devienne commercial.
Je suis bien d’accord qu’il ne suffit pas de balancer des wobble bass à 140 BPM pour se revendiquer du dubstep, et que le dubstep de Burial ou Skream est bien plus subtil, travaillé et abouti que celui de Skrillex, qui cède par bien des aspects à la facilité. Skrillex ne s’inscrit qu’en marge au mouvement dubstep né au sud de Londres de la volonté de quelques beatmakers, puisqu’à cette influence, il en ajoute beaucoup d’autres, dont des références métal qui n’ont pas échappé à Brain.
Cependant, on peut remonter encore plus loin, et excaver le grand-papa du dubstep moderne : Scorn, qui avec son album Stealth s’impose comme le précurseur de tout le mouvement dubstep. Lui est bien plus proche du style de Skrillex, en plus mature (encore ce défaut de maturité assez évident chez Skrillex) et in fine plus destructeur. Ecoutez quelques morceaux de cet album (l’excellent Glugged par exemple), et vous relativiserez vite le son “pachydermique” de Skrillex. A côté du rouleau-compresseur Scorn, Skrillex est un gazouillis de rossignol.
Petit post scriptum en passant : en parlant de dubstep de qualité, allez faire un tour sur le soundcloud de F4TMusic, label lyonnais très sélectif dirigé d’une main sûre par Mattias de Barberin, alias m3t4. Vous ne le regretterez pas ;)

Nouveau blog, nouveau départ, nouvel article sur Lana del Rey, nouvelle perspective sur l’actualité, la culture, le net. Nouvelle curation, aussi, pour fouiller plus profond que jamais, jusqu’aux frontières du ouébe civilisé.